SOS PARC ORFORD

Danièle Bombardier, Marie-Claire Blais

Texte lu lors de la soirée bénéfice au théatre Granada, Sherbrooke, 11 avril 2006
mardi 11 avril 2006

Orford

Sommes-nous irréalistes, de mauvaise foi, opposés à tout développement, insensibles aux problèmes d’emplois dans la région, sommes-nous victimes d’un discours écologique démagogique, victimes de désinformation peut-être ?

Non, tous ceux qui sont ici ce soir sur la scène et dans la salle sont des citoyens intelligents et de bonne foi, de toutes tendances politiques et portés par le même désir d’empêcher la dégradation d’un lieu exceptionnel qui nous appartient et que nous devons léguer aux générations futures.

Nous voulons protéger un de nos plus beaux parcs nationaux, en refusant qu’on l’ampute du grandiose Mont Orford, le cœur, l’âme, le symbole même de ce parc qui a fait rêver, écrire, peindre tant d’artistes qui ont été subjugués par sa majestueuse présence. Où tant de gens sont venus et ont pu profiter gratuitement de cette nature en disant : "Ça c’est aussi chez moi."

"Vous qui partiez ,enfants, par les bois où sans maîtres
Vous emplissiez vos sens d’espace illimité
Quel merci je vous dois de m’avoir implanté
Au cœur, sur les débris des regrets, l’espérance
Votre horreur du lien et votre violence.

En lisant Alfred Des Rochers on ressent combien notre enracinement au paysage nous est vrillé à l’âme, combien nous sommes proches de son regard de poète, lui qui pauvre parmi les pauvres s’est enrichi des brumes de l’Orford. Nous avons réouvert ses recueils, nous nous sommes replongés dans sa poésie qui a si bien su chanter la magie de ces lieux et sa fille Clémence est montée aux barricades pour le vieil Indien dont on ne sait plus s’il s’agit d’Alfred ou de la montagne comme l’avaient jadis baptisée les gens de Sherbrooke et de Magog.

Ce lieu mythique appartient à l’imaginaire collectif, ses paysages nous inscrivent au cœur même de ces grands espaces qui ont créé notre identité américaine. Le fonds des générations futures, monsieur Charest, il est ici à Orford, il est en Gaspésie, en Mauricie, dans les Laurentides partout où notre volonté a réussi à préserver ces espaces essentiels, choisis parce qu’ils étaient uniques et qu’il était impensable de les dégrader en les abandonnant au développement.

La loi qui protège ce parc doit être respectée. Vendre le Mont Orford au plus offrant et voter une loi spéciale pour ce faire est une décision calamiteuse aux conséquences graves, non seulement pour les dommages qui seront irrémédiablement causés ici, mais parce qu’elle ouvrira une brèche pour le développement dans les autres parcs nationaux.

Si nous nous levons si nombreux, si nous parlons si haut et fort c’est que cette décision, annoncée dans l’improvisation la plus totale, nous a brutalement interpellés car elle est irresponsable comme les promesses fumeuses d’emplois à une population fragilisée par une situation économique difficile.

Nous n’acceptons pas que ceux que nous avons élus en toute bonne foi renient la leur et trahissent leurs promesses en saccageant l’héritage de nos enfants.

Alors oui, Madame Gagnon Tremblay, le Mont Orford est une anomalie parce qu’il n’en reste pas beaucoup de ces paysages et qu’ils sont précieux, qu’ils font partie de notre patrimoine mais aussi de celui de l’humanité. Cette anomalie nous allons donc tout faire pour la conserver. Monsieur Charest, jusqu’ici 40 mille personnes ont signé une pétition vous demandant d’abandonner ce projet indéfendable, 3 mille sont venues spontanément vous le dire à Orford, d’autres vous le rediront encore le 22 avril à Montréal, plusieurs membres de votre propre parti s’y opposent tout comme la très grande majorité de la population du Québec. Je veux encore croire avec tous ceux qui sont ici ce soir que vous respecterez une volonté populaire si clairement exprimée.

Danièle Bombardier

"Télégramme" de Marie-Claire Blais

C’est avec des sentiments de révolte et de désolation que j’apprends de mes amis artistes et écrivains du Québec qu’il existe déjà un projet de vendre 649 hectares de notre parc national du Mont Orford, afin de permettre la construction de mille unités de condos, ainsi devons-nous tous nous opposer à la contemplation d’un tel projet dévastateur, nous savons tous combien le Mont Orford est un lieu superbe, dans les Cantons de l’Est, un refuge de paix pour les Québécois qui sont très épris de ces paysages uniques, détruire le silence et la beauté de ce parc, dans les montagnes, serait un crime, un crime contre la nature, nos animaux, nos forêts, allons-nous ainsi accepter de détruire de ce que nous avons de plus cher et de plus précieux, au profit d’une cupidité financière qui a déjà mis à mal les richesses naturelles de notre terre, en péril, où même la survie de l’humanité devient périlleuse .
Allons-nous nous résigner à cette exploitation sans fin de nos territoires, je crois qu’il faut unir toutes nos forces celles de la parole et du courage de résister à une telle calamité, afin que ce projet soit renversé, anéanti, le plus rapidement possible.

Marie-Claire Blais


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