SOS PARC ORFORD

Yves L. Duhaime, Ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche de 1976 à 1979

À propos du mont Orford
samedi 8 avril 2006

Nous sommes le 18 octobre 1977. À l’Assemblée nationale du Québec, la présidence appelle le projet de loi no 19, Loi sur les parcs, pour la deuxième lecture. Vingt-huit ans et six mois plus tard, cette loi reprend l’avant-scène de l’actualité d’aujourd’hui parce que le gouvernement Charest veut modifier le territoire du parc du Mont-Orford, non pas en respectant la Loi sur les parcs mais bien par une loi spéciale, afin d’en céder une partie à des intérêts privés, soit le centre de ski et le terrain de golf, entre autres, situés en plein coeur de ce magnifique endroit.

La population de l’Estrie, et surtout de la région de Magog-Orford, s’y oppose avec raison et partage également les craintes de toutes les régions du Québec quant aux intentions véritables du gouvernement, masquées derrière un discours qui ne résiste pas à l’analyse sérieuse. Où s’arrêteront les objectifs du développement, du rendement et du profit sur notre patrimoine national ? Quel parc sera le prochain ? Quelle réserve faunique viendra ensuite ? Quelle zec sera confiée aux intérêts privés ? Les soustraira-t-on tous à l’ensemble de la communauté au bénéfice d’intérêts privés ?

Inaliénabilité

Titulaire à cette époque du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche et pilote du projet de loi sur les parcs, je suis le premier à prendre la parole à l’Assemblée nationale et à en proposer l’adoption. Pour la première fois de son histoire, le gouvernement du Québec s’engage par une loi à « consacrer » des territoires en parcs de conservation et de récréation accessibles à tous, et ce, bien avant la création du ministère de l’Environnement (et du développement Durable et des Parcs de nos jours).

Voici un bref extrait du discours que je prononce ce jour-là devant mes collègues de l’Assemblée nationale.

« Les territoires constitués en parcs de conservation et de récréation auront caractère d’inaliénabilité. [...] Tout à l’heure, je parlais de ce caractère de pérennité, c’est presque de la sacralité, devrait-on dire. En fait, les objectifs sont simples : la pérennité, l’intégrité, l’accessibilité et la représentativité. »

Ainsi, cette loi enlève au ministre responsable des parcs et des réserves ainsi qu’au gouvernement des pouvoirs désormais bien encadrés dans le but de protéger l’intégrité des territoires assujettis et en assurer l’accessibilité aux générations futures. Le parc du Mont-Orford est un de ces lieux visés et protégés efficacement jusqu’à ce jour.

Bien accueilli

Est-il besoin de rappeler et de souligner que ce projet de loi est très bien accueilli par tous les membres de tous les partis à l’Assemblée nationale et voté à l’unanimité en première, deuxième et troisième lectures ? Cependant, fait pour le moins cocasse aujourd’hui, le Parti libéral de l’époque souhaite aller beaucoup plus loin pour ce qui est de la protection de nos espaces verts. Voici, pour rappel, ce que déclare à l’Assemblée nationale Victor Goldbloom, député de la circonscription de D’Arcy-McGee, s’exprimant au nom de son parti :

« J’espère que le ministre exercera son influence auprès de son collègue de l’Agriculture, auprès de son collègue des Affaires municipales et auprès de son collègue super-ministre à l’Aménagement du territoire pour que les autres pièces maîtresses de la protection de nos espaces verts soient mises en place. S’il peut réussir ce truc, nous lui serons encore plus reconnaissants que dans le moment. » (Débats de l’Assemblée nationale, session 1977, volume 19.)

M. Goldbloom souligne aussi l’importance de « poursuivre cette oeuvre d’éducation et d’amener les citoyens, les contribuables, les dirigeants municipaux, à ce niveau aussi, à respecter les espaces qui disparaissent à un rythme inquiétant et qui, une fois disparus, à toutes fins pratiques ne peuvent plus être reconstitués ».

Relire ces débats

Puis-je suggérer à tous les membres de l’Assemblée nationale, et plus particulièrement aux ministres du gouvernement Charest, de relire ces débats d’une époque pas si lointaine mais ayant conservé toute leur pertinence ? Que tous puissent s’en inspirer pour éviter l’inéluctable, l’irréparable. Le parc du Mont-Orford doit demeurer ce qu’il est aujourd’hui dans son intégralité.

Nous savons tous que derrière cette offensive sans précédent sur un de nos joyaux se cachent des intérêts d’argent. La recherche légitime de retour sur des investissements peut être sûrement acceptable dans notre système économique ; de même, la volonté d’élus municipaux d’accroître la valeur foncière de leur territoire est tout aussi légitime, mais, de grâce, à l’extérieur de nos parcs, que plusieurs générations ont jusqu’à aujourd’hui protégés et défendus pour nos enfants, nos petits-enfants et tous les autres par la suite.

Aux citoyens qui se battent pour préserver le parc du Mont-Orford dans son intégrité, sa vocation et son intégralité, je veux dire que je m’associe à votre combat, et j’ose espérer avec vous que le gouvernement Charest revienne sur sa décision en l’annulant purement et simplement.


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